Daniel de Roulet

une banane numérisée ne peut plus être mangée, un livre numérisé peut toujours être avalé… de travers

Défense de la Maison de Rousseau et de la littérature

Posted on | septembre 18, 2017 | Commentaires fermés sur Défense de la Maison de Rousseau et de la littérature

Il n’est pas exact de prétendre que la Société de Lecture de Genève serait de droite tandis que la Maison de Rousseau et de la littérature serait « catalogué de gauche », comme le laisse entendre Le Temps (11.4.17). C’est le contraire qui est vrai. Quoique la Société de Lecture s’en défende par toutes sortes de stratagèmes qui vont du numerus clausus à l’entrée payante hors de prix, c’est bien cette honorable institution qui a servi de plateforme d’endoctrinement aux révolutionnaires et terroristes les plus sanguinaires de notre époque. Voici les faits, ils seront contestés, mais ils sont têtus.

Le 12 décembre 1904, un certain Vladimir Oulianoff qui se déclare « publiciste russe » demande son admission à la Société de Lecture. Sa demande est appuyée par Armand Dussaux, ingénieur à Genève. Lénine est alors reçu par le président Émile Rivoire, notaire et historien, Genevois de vieille souche, qui accueille avec les honneurs le chantre de la révolution bolchévique.

La Société de Lecture possédait un Registre des livres empruntés qui a mystérieusement disparu. Par bonheur un Hongrois de passage à Genève a publié dans un journal aujourd’hui introuvable la liste des emprunts de Lénine. Mais Bernard Gagnebin, doyen de la faculté des lettres et grand promoteur de Rousseau et de sa maison, veillait. Voici ce qu’il a découvert. Entre le 5 janvier et le 8 septembre 1905, Lénine est venu seize fois emprunter des livres au 11, Grand-Rue. La liste est à disposition de ceux qui voudraient nous faire croire que la Société de Lecture est un tranquille club de retraités habitant Champel, la rue des Granges ou les coteaux ensoleillées de Cologny. Parmi les ouvrages empruntés, on trouve des œuvres de Marx, des livres d’histoire sur la Commune de Paris, sur la tactique des barricades, la lutte insurrectionnelle. On se demande comment de tels modes d’emploi subversifs ont pu être abrités dans les rayons de l’auguste bibliothèque sans que nos ministres de la sécurité publique ne s’en inquiètent.

Veut-on d’autres preuves de la complicité objective que la Société de lecture avec les idées de gauche et la Révolution mondiale ? En 1908 quand Lénine revient à Genève pour y conduire quelques manifestations et y faire plusieurs discours enflammés à ses amis de la Petite Russie, il s’inscrit de nouveau à ladite Société. Mais cette fois il est cautionné par deux professeurs de notre Université, Edgar Milhaud, professeur d’économie politique et Paul Moriaux, professeur de droit romain et de législation comparée. Du 27 février au 30 novembre 1908, Lénine ne viendra pas moins de 28 fois emprunter des livres. Un témoin direct, Pierre Charles, a noté : « Dans ses longues séances à la Société de Lecture de Genève, Lénine ne lisait pas seulement des ouvrages d’économie politique ou de philosophie sociale, il consultait aussi des livres de tactique militaire, particulièrement ceux où il est traité de la guerre des partisans, des patrouilles, des francs-tireurs, des combats de barricades. »

Ainsi donc, pendant des années et bien à l’abri de cette Société aux allures d’école coranique pour djihadistes, des révolutionnaires ont pu venir se former en nos murs et en toute quiétude. Voilà pourquoi aujourd’hui encore la Société de Lecture fait campagne pour garder le monopole de la subversion littéraire dans la Grand-Rue. Pour elle Rousseau n’est qu’un bourgeois qui ne mérite pas qu’on aménage sa maison. Et qui lui a soufflé cette méchanceté ? C’est Lénine, son ci-devant protégé.

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  • mis à jour : 4 novembre 2017