Daniel de Roulet

une banane numérisée ne peut plus être mangée, un livre numérisé peut toujours être avalé… de travers

Lettre ouverte aux patrons suisses allemands de la presse romande

Posted on | janvier 24, 2017 | Commentaires fermés sur Lettre ouverte aux patrons suisses allemands de la presse romande

Ainsi donc, MM. les patrons de presse suisses allemands, vous avez décidé de réduire la voilure de vos petits bateaux suisses romands. Dans un premier temps vous aviez acheté nos journaux comme on achète du terrain pour une villa dans le Lavaux, une terrasse sur la rade de Genève ou une place au golf. Vous saviez que nos quotidiens et nos hebdomadaires ne vous rapporteraient pas des millions, mais ça vous permettait quelques cocktails en terre romande, quelques présentations PowerPoint dans nos hôtels de luxe pour apprendre à ces sacrés Romands les vertus de l’économie et des économies.

Ce furent pour vous quelques années de fun, comme une croisière vers des îles au folklore sympathique. Vous avez été accueillis par de jeunes loups aux dents qui raient les écrans et par quelques loups plus gris à qui vous avez offert le voyage de Zurich ou de Berlin en échange de leur silence intéressé. Mais la récréation, dites-vous, n’a que trop duré, vous voulez un retour sur des investissements que vous n’avez pas faits. Et surtout vous ne croyez plus au journalisme comme un débat d’idées, le people et vos sex-business vous suffisent.

Vous avez acheté notre liberté de presse et notre parole, maintenant vous nous faites taire, vous nous rendez aphones Vous prenez la chose à la légère : ces Romands exagèrent.

Depuis 1914, quand il a fallu que Carl Spitteler ramène les bourgeois zurichois à la raison, jamais nous n’avions été traité avec un tel mépris, jamais notre parole n’a été ainsi confisquée par la loi du plus fort. La Suisse n’est pas une nation, disait Spitteler, mais une alliance entre gens différents qui s’accordent pour préserver cette différence.

Vous prenez, Messieurs les patrons suisses allemands de notre presse romande, une lourde responsabilité, celle de faire de nous des citoyens sans voix C’est vrai l’alliance qui fait exister la Suisse est fragile. Vos manœuvres la minent. L’alliance ne peut reposer sur des partenaires à qui on a volé leur langue.

La Tribune de Genève, l’Hebdo, 24 Heures ou Le Temps étaient la voix et les moyens de cette alliance. En les étranglant, vous détruisez non seulement des titres, mais l’idée que vous devriez vous faire, comme nous, de notre pays

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  • mis à jour : 4 novembre 2017