Daniel de Roulet

une banane numérisée ne peut plus être mangée, un livre numérisé peut toujours être avalé… de travers

Rousseau

Posted on | mars 10, 2013 | Commentaires fermés sur Rousseau

Une promenade minuscule

Extrait de Sur les pas de Jean-Jacques RousseauActes Sud, 2012

C’est l’histoire d’un homme qui, par un beau matin de printemps, décide d’aller prendre l’air. Mais au lieu d’aller voir les arbres et l’immensité du ciel, il se contente d’une rue en pente douce, au bas de chez lui, sans arbres et trop étroite pour recevoir le soleil ailleurs que sur les derniers étages.

L’homme a mon âge, plutôt plus jeune parce que j’aime me rajeunir, il est grand, mince, légèrement voûté, les mains libres, un petit carnet dans sa poche, un grand manteau, des chaussures de cuir avec des lacets et l’air de bien connaître sa ville et ses rues. La sienne de rue, à Genève, commence par une place au bord du Rhône. Il la prendra en montant du numéro 1 jusqu’au 29, puis redescendra sur l’autre trottoir pour finir au café Rétro où tout le monde le connaît.

La rue s’appelle Rousseau. En France, chaque ville qui se respecte – y compris Annecy – compte une rue Rousseau ou une avenue, un square ou juste une impasse au nom de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778). Si cette rue est en Suisse la plaque signalera écrivain suisse, en France on dira écrivain français, à Genève on précise philosophe et écrivain genevois.

Les promenades sont comme les plaisanteries, les plus courtes conviennent le mieux et on peut les répéter. Un jour, le promeneur observe le trottoir et le dessin des dalles de ciment que le règlement fixe dans toute la ville à cinquante centimètres par cent. Une autre fois, il lève la tête vers les étages, en compte quatre puis cinq, puis de nouveau quatre, ou bien ne s’intéresse qu’aux étalages dans les vitrines.

Au numéro 1, première maison sur la gauche quand on a le Rhône dans le dos, la porte d’entrée est protégée par un code comme elles le sont toutes dans ce quartier. Pas moins de quatre magasins au rez-de-chaussée. Une pâtisserie libanaise, Nuts and Co, annonce quatorze sortes de pistaches, noix et noisettes. Empreintechaussures and Co, puis Odéon et Horlogerie des Bergues. A propos de ce nom, il s’est renseigné, le quartier adjacent appartenait à un M. Kléberg dont on prononçait le g final. D’où le nom du quai, parallèle à la rue Kléberg : le quai des Bergues.

Sur le trottoir d’en face, un immeuble neuf abrite une boulangerie et le snack Coco Grill. Deux gamins commentent les photos affichées sur la porte du local qui ne s’ouvre qu’à vingt-deux heures, Cabaret des Mille et une nuits.

Entre le 1 et le 3 s’enfile la rue des Etuves, juste assez large pour laisser passer une voiture et pour permettre l’accès à La Bretelle, café qui tire son nom de la présence des accordéonistes. Au 13 de cette rue, le promeneur a fait l’apprentissage de la méchanceté humaine chez un patron horloger.

Luxueusement rénové, le 3 expose de précieuses antiquités de Chine et du Japon. Un couple asiatique, satisfait de son élégance, observe deux cuirasses articulées de samouraï, un sabre sur un présentoir et un Bouddha doré dont le prix, discrètement indiqué, se négocie en milliers de dollars.

Au 5, le magasin de sport s’affuble lui aussi du nom de Compagnie : Columbia Sportswear Compagnie. Ça fait chic, comme on dirait Les Fleurs du Mal et Compagnie. Un enfant, habillé très mode, négocie avec sa mère le cadeau qu’elle lui doit : oui, tu me le dois.

Côté pair, une entrée neuve mais peu accueillante étale sa langue administrative : Bureau d’information de la petite enfance. Le promeneur imagine son père veuf venir s’enquérir ici d’une nounou pour son fils. Veuillez remplir le formulaire, citoyen, et prendre un ticket numéroté, votre temps d’attente estimé est de onze minutes, le guichet correspondant vous sera indiqué à l’écran. Son père se serait enfui.

Aujourd’hui sa promenade n’a pas de but, mais il s’étonne – allez savoir pourquoi – de ne pas trouver dans toute la rue la moindre trace de végétation. Pas même de fleurs en pots, pas une mauvaise herbe à glisser dans son herbier. En ville, la nature n’est qu’au ciel, traînée de bleu, striée de lignes blanches laissées par les avions, et au sol on marche toujours sur les traces de quelqu’un.

Le 7 et le 9 ont un dernier étage garni de fenêtres serrées, continues. On appelait ça la fabrique, c’était l’étage le plus lumineux où avaient leur établi ceux qui assemblaient et décoraient les montres. Levant la tête, le promeneur revoit son père en train de ranger sa loupe et ses brucelles. En se penchant par la fenêtre, on pouvait voir le lac. A l’endroit où le Léman se transforme en fleuve pour devenir le Rhône, s’étaient formés, il y a de millénaires, deux îles autour desquelles la ville s’est construite. La première s’appelait l’île des barques, la seconde n’a toujours pas de nom et ceux qui l’habitent ont pour adresse En l’île. De chaque côté du Rhône qui retrouve là son cours après s’être perdu dans le Léman, le terrain monte jusqu’à deux collines occupées depuis longtemps par la religion. Rive gauche, la cathédrale Saint-Pierre, rive droite l’église Saint-Gervais. Pour passer le Rhône, le pont a plusieurs fois été reconstruit depuis que Jules César l’a fait brûler pour empêcher les Helvètes d’envahir la Gaule. Il s’appelle pont de l’Ile et celui qui vient en amont, pont de la Machine, ce terme désignant quelques roues à aubes mises en branle par le fleuve pour transformer le courant fluvial en courant électrique.

Côté Saint-Gervais, les deux têtes de pont s’ornent d’une petite place  avec une fontaine ombragée. Entre les deux vasques de pierre, le quai des Bergues sert de base à un quadrilatère délimité par la rue Rousseau, la rue Cornavin et, redescendant vers l’eau, la rue de Coutance. Ce quadrilatère d’une centaine de mètres de côté renferme quelques dizaines d’immeubles et quelques centaines d’appartements. Presque toute l’adolescence de notre promeneur s’est déroulée dans cet îlot compact qui n’a été « dénoyauté » que, plus tard, par un certain baron de Grenus qui l’a percé d’une rue et d’une place à son nom.

Au  7 rue Rousseau, le promeneur entre par une porte cochère garnie de trois couronnes et s’égare dans une cour d’où montent deux tours d’escalier à l’air libre comme il en existe encore une bonne dizaine  dans le quartier. Les marches de molasse datent de la Renaissance, ont été maintes fois refaites. Les poubelles, les voitures et les boîtes aux lettres défoncées sont du vingt et unième siècle.

L’homme voûté sortant de la cour tourne à gauche pour passer devant une vitrine, Meubles rustiques Kranck. Façade lépreuse, en allemand Kranck veut dire malade !

Au 9, entre Mia Fashion qui offre comme chaque année une Liquidation totale et Alain Affleloup qui propose Partez sans payer, se trouve une injonction pour un rendez-vous à l’étage : Le Coup de pouce, soutien scolaire, organisme privé. Son père aurait-il pu l’offrir à son fils ? Ou bien l’aurait-il mis dans l’immeuble en face, datant de 1899 comme l’indique un cartouche aux armes de la République au-dessus de l’appellation d’origine : Ecole ménagère ? On enfermait là les jeunes filles pour leur apprendre la couture, l’aspirateur et le tri du linge qui permet de trouver un mari mais pas de s’en débarrasser. Après quelques révoltes – mai 68 -, l’école a été fermée, puis rouverte aux garçons comme aux filles. Le nom de Nicolas Bouvier, citoyen genevois, a ensuite été donné à ce collège ainsi qu’à un parking. Tous les citoyens célèbres de Genève n’ont pas droit si vite à la reconnaissance du cadastre. La rue Rousseau ne porte ce nom que depuis une centaine d’années. Pour le bicentenaire de la naissance de Jean-Jacques, on avait baptisé dix rues son honneur : rue du Devin du Village, rue des Confessions, rue du Vicaire Savoyard, rue d’Ermenonville,  rue de l’Emile, rue du Contrat social, sentier du Promeneur solitaire, rond-point Jean-Jacques sans oublier rue Madame de Warens.

Le promeneur presse le pas devant le 11, une plaque dorée annonce : Académie suisse de médecine anti-âge. La façade est liftée jusqu’au cinquième étage et ne fait plus un pli. Deux jeunes filles en sortent toutes souriantes et on entend l’une dire : Ce soir je pars pour la Bolivie, et toi, quand est-ce qu’on te voit à Hong-Kong ?

L’immeuble du numéro 13 est occupé par des étudiants de l’université de Kent. Pas de rideaux, des studios, des salles de classe, un drapeau des Etats-Unis bouche toute une fenêtre.

A partir de cette hauteur, la rue est comme engloutie par le gigantisme d’une énorme construction hors d’échelle, façade borgne sur les cinq étages au-dessus des vitrines, plaques de marbre lisses et laides. C’est le Grand magasin, attraction garantie pendant les heures d’ouverture. Voilà pourquoi, comme chaque matin, le chef des mendiants a débarqué pour réserver les bonnes places, positions stratégiques. L’un de ses acolyte agite son pied bot dénudé et un gobelet de carton, un autre a posé ses deux béquilles  bien en vue, mais le plus exposé est cette forme noire accroupie, recroquevillée, d’où n’émerge qu’une paume creuse et une voix plaintive. Le promeneur, la découvrant au dernier moment, se sent contraint de s’excuser tandis qu’elle lui propose sa bénédiction contre une petite pièce, monsieur. Il lui jette un regard incrédule.

Un flux de chalands entre et sort du Grand magasin, le promeneur ne s’y risque pas. Pour lui c’est un lieu sans âme, un non-lieu organisé en fonction de la marchandise et de son écoulement. Il aimait les halles, le marché de Saint-Gervais, il peine à se réjouir de ses étalages standardisés qui proposent sur toute la planète le même non-choix de saveurs. C’est qu’il est un peu rétro, notre promeneur.

Encore quelques pas, pour arriver au dernier numéro impair de la rue où une plaque effacée au-dessus de la porte indique le séjour de quelque ancêtre célèbre. Un groupe de jeunes arabes le dépassent, chacun rit dans son portable. Ça va être l’heure de l’apéro.

Quand il pousse la porte du café Rétro, le patron l’accueille de son habituel  sarcasme : Alors, Jean-Jacques, tu ne vas pas nous dire que tu ne la reconnais plus, ta rue ?

Jean-Jacques talonné de près

Paru dans Esthétique de la course à pied

Entre la statue de Rousseau à côté du Panthéon et celle qui se trouve dans sa maison de Montmorency, existe-il un parcours simple ? C’est ce que j’explore un jour pour rendre hommage au promeneur solitaire. Rousseau est de ceux qui pensaient qu’une vraie réflexion doit toujours passer par l’épreuve des jambes. Ce n’est qu’au retour d’une promenade, ou d’une course à pied, que je peux savoir ce que valent les idées saugrenues que je rumine tant que je suis assis.

En hommage au prince des promeneurs, je décide de partir de l’endroit où les grands hommes sont célébrés par la patrie pour rejoindre sa retraite en périphérie de Paris. A pied, mais à un rythme un peu plus rapide que celui de Jean-Jacques.

Par un dimanche matin de printemps, grâce à mes baskets aux ailes de vent, je dégringole la montagne Sainte-Geneviève. Je vise ensuite la gare du Nord, puis sur la gauche, la sortie de la capitale déserte à travers le marché aux puces de la porte de Clignancourt. De là, je coupe par Saint-Ouen jusqu’au bord de la Seine. L’île Saint-Denis, bande de terre allongée au milieu de l’eau, suit la courbure du fleuve sur tout un demi-cercle. D’une extrémité de l’île à l’autre, sa berge peu fréquentée par les voitures offre un parcours presque champêtre. Tout au nord de cette demi-lune, à la fin du parc public, un pont me renvoie sur la terre ferme à la hauteur d’Epinay.

Je vise Enghien et son casino. Je demande ma route par trois fois pour tomber enfin sur un lac d’opérette. A partir de là, je connais le chemin pour l’avoir exploré par un jour de mélancolie quand je me prenais, sur la Toile, pour le destinataire des lettres de La Nouvelle Héloïse.

Je m’engage dans la montée qui se termine par la place du marché de Montmorency, en même temps qu’un autre coureur qui semble suivre obstinément le même parcours que moi. Bizarre, bizarre. Puis vient la rue Jean-Jacques Rousseau. Il habitait là une maison de deux étages. Une statue le montre en train d’herboriser. Au contraire du moulage place du Panthéon, majestueux et didactique, Rousseau est ici en pied, représenté en homme plutôt fluet, inspectant une fleur qu’il tient à la main. Le rez-de-chaussée était réservé à Thérèse Levasseur et à sa mère. A l’étage, la chambre où Jean-Jacques ne laissait monter personne. En quoi il avait bien raison, l’endroit étant menacé d’effondrement. Un jour pourtant,  le maréchal de Luxembourg lui en a payé la réfection, Jean-Jacques n’a plus eu de prétexte pour éviter les intrus. Tout cela ainsi que sa fuite précipitée après quatre ans d’isolement, je l’ai lu, au dixième livre des Confessions.

Par-dessus le mur du jardin, je jette un coup d’œil au « donjon ». En réalité, c’était un boudoir au fond du jardin, face à l’endroit que Rousseau appelait Maison des commères. C’est là qu’habitaient deux curés que Jean-Jacques dans sa paranoïa croyait chargés de l’espionner.

D’une foulée alerte, je retourne jusqu’à l’entrée de Paris. Porte de Clignancourt, pour éviter les voitures du dimanche qui se sont réveillées, je descends dans le couloir du métro. Et juste avant de monter à bord, je me retourne pour apercevoir le coureur que j’ai croisé dans la montée de Montmorency. Lui aussi prend le métro. Jean-Jacques avait raison, les espions de la Maison des commères sont toujours parmi nous.

L’exercice de la promenade

extrait de Ecrire la mondialité

Le grand-père de Jean-Jacques Rousseau était pasteur, de même que son oncle qui l’a élevé. Lui-même raconte qu’il aurait voulu être ce qu’on appelait alors « ministre » car, écrit-il dans Les Confessions, « je trouvais bien beau de prêcher » (Livre I).

La littérature helvétique jusqu’à nos jours a souvent été entre les mains des enfants et petits-enfants de pasteur, de Durrenmatt à Denis de Rougemont. Mais Jean-Jacques, comme aucun autre, a su transformer cette expérience religieuse, l’a fait redescendre sur terre. Après avoir singé le protestantisme puis le catholicisme, puis le déisme rationaliste, Jean-Jacques a su ramener la religion à ce qu’elle aurait toujours dû se contenter d’être : un exercice pour dépasser la condition humaine. « Qu’est-ce que l’homme, demande le philosophe, sinon l’animal dont on exige trop ? » (Sloterdijk). Quand Rousseau passe d’une religion à l’autre, il change d’habitude, rien de plus. Dans Les Rêveries du promeneur solitaire, il explique : « Et bientôt gagné par l’habitude mon cœur s’attacha sincèrement à ma nouvelle religion. »

L’exercice chez lui consiste à se promener chaque jour pour se mettre en situation d’écrire. Il n’arrive jamais à s’asseoir à une table avec un plume s’il ne s’est pas d’abord livré à l’exercice de la promenade, comme si la marche remettait un peu d’ordre dans ce qu’il appelle ses rêveries.

Que veut dire cette dépense d’énergie inutile dans la vie quotidienne d’un homme ? A quoi cette agitation régulière des jambes peut-elle bien l’aider pour ordonner ses pensées, fouiller ses sentiments ? Qu’est-ce que l’activité intellectuelle gagne à se doubler d’une dépense physique apparemment inutile ?

A travers les siècles de l’histoire humaine, on observe ces groupes qui se sont soumis à des exercices, à des pratiques quotidiennes répétitives. D’abord les moines (exercice de la prière), puis les militaires (exercice des armes), puis les écoliers (exercices scolaires), les sportifs, les musiciens, tous ces gens qui s’entraînent et se disciplinent pour parvenir à quelque chose d’un peu plus élevé que leur vie. L’exercice est une pratique qu’une recherche de transcendance a  inspirée, a récupérée. Et nous continuons ces rituels sans plus avoir besoin d’y croire, parce qu’ils sont la condition nécessaire à une vie qui dépasse la survie végétative.

De livre en livre, Jean-Jacques a essayé de penser par lui-même, tout en ne reniant jamais les classiques que son père lui avait fait lire, de la Bible aux Hommes illustres de Plutarque. Et puis un jour il a entrepris cette démarche indispensable et autodestructrice : Les Confessions, une biographie intellectuelle, comment j’en suis arrivé à être qui je suis. Tout le monde n’a pas ce courage, cette persévérance qui va forger un nouveau Jean-Jacques, sérieux comme le sont les grands révolutionnaires – Che Guevara ou Frantz Fanon n’ont jamais su sourire. Cette énorme entreprisse va se faire sans ironie, sans distance de l’écrivain à son sujet, lui-même. Les Confessions une fois publiées, il ne reste à Rousseau qu’une seule voie à laquelle il s’essaie admirablement dans Les Rêveries du promeneur solitaire : l’exercice. Désormais il est seul dans le siècle, seul avec son corps lent et décadent.

« De quoi jouit-on dans une pareille situation ? demande-t-il. De rien d’extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence, tant que cet état dure on se suffit à soi-même comme Dieu. » (Rêveries)

Ne reste donc que la promenade, un pas devant l’autre, exercice qui transcende sa condition d’homme contre lequel, croit-il, le monde entier conspire. Il appellera chaque chapitre de son livre Promenade, en écrira dix et mourra au moment où s’achève ce dixième et dernier exercice : les dix commandements venus de sa religion se transforment en dix promenades. Juste un peu de littérature pour se détacher de la liturgie. D’autres après lui sont venus nous dire que Dieu était mort, que tout était permis, mais personne n’a su nous dire aussi bien que lui comment continuer à vivre au quotidien, comment fonder une morale quand le ciel est vide et qu’on n’a plus que sa tête pour marcher et ses jambes pour penser. « Un mouvement uniforme et modéré qui n’ait ni secousses ni intervalles, écrit-il. Sans mouvement la vie n’est que léthargie. Si le mouvement est inégal ou trop fort il réveille. » (Rêveries)

Il y a pourtant quelque chose d’excessif dans l’étalage de cet ego d’auteur expliquant qu’il a trouvé son bonheur, la sagesse de l’âge : « Heureux si par mes progrès sur moi-même j’apprends à sortir de la vie, non meilleur, car cela n’est pas possible, mais plus vertueux que je n’y suis entré. » (Rêveries)

On préférerait un Rousseau plus léger, plus souriant, avec un peu de recul, comme Stendhal, après lui, nous en fait profiter dans ses récits de voyages. Mais lui, Rousseau, est tout d’une pièce, sans jamais de miroir pour se faire des grimaces ou pour tirer la langue à ceux qui l’accablent, croit-il encore, de leurs complots. Où donc est l’erreur ? Qu’est-ce qui l’empêche d’avoir, s’il vous plait, un peu moins de ce pathos auquel la littérature helvétique condamne ses auteurs depuis Amiel ?

Ne s’agit-il que d’une erreur de posture ? Non c’est la conséquence d’une rude théorie. Jean-Jacques s’imagine qu’il peut retrouver l’état de nature, effacer les couches d’Histoire et de culture que ceux qui l’ont précédé ont déposé jusqu’au fond de ses gènes. Avec pareil raisonnement la crispation sur les origines ne peut jamais se relâcher. Il faut serrer les dents pour n’être pas repris par les vilains démons de la société. D’où son moralisme, jusqu’au sentimentalisme.

On a beau rêver d’un Jean-Jacques ironique, d’un homme dont les coins de la bouche s’étireraient d’une mimique distancée, c’est impossible. Son exercice de la transcendance produit bien une distance au monde, mais pas une distance à soi. Rousseau fait croire qu’il est en mesure de juger Jean-Jacques, mais il l’aime trop pour ça. Il reste du travail en perspective, de l’exercice à venir, pour qualifier mieux encore la pratique de la promenade et de l’écriture.

Encore une promenade, camarade Rousseau, et tu seras en mesure de rire de toi-même. Alors nous te suivrons tous et dépasserons ensemble ton état de « douce inquiétude ». Ou mieux encore, nous en rirons.

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