DANIEL DE ROULET

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Dix petites anarchistes

Buchet/Chastel. 2018

Suisse, fin du xixe siècle. A Saint-Imier, on vivote entre misère et exploitation, entre les étables et une industrie horlogère encore balbutiante. La visite de Bakounine, tout plein de l’ardeur de la Commune de Paris, éveille l’idée qu’une autre vie est possible. Dix jeunes femmes font le pari insensé de bâtir, à l’autre bout du monde, une communauté où règnerait « l’anarchie à l’état pur ». Valentine, dernière survivante des « dix petites anarchistes », nous fait le récit de cette utopie en acte qui les conduit de Suisse en Patagonie jusqu’à Buenos Aires, en passant par l’île de Robinson Crusoë.   L’extraordinaire épopée de femmes soudées par un amour farouche de la liberté, qui ont choisi de « se réjouir de l’imprévu sans perdre la force de s’insurger ».

 

« Daniel de Roulet signe un roman qui a la force et l’évidence des bonnes idées et la précision ensorcelante d’une comptine. » Le Temps

« Un récit magnifique sur l’engagement, le courage et l’exil. » RTS La Première

« Mené de main de maitre, ce roman historique qui tient de l’épopée libertaire. » Terre et Nature

« Un très beau roman historique. »  Gauche Hebdo

« Ce livre est aussi, et peut-être avant tout, une émouvante collection de portraits de femmes fortes, magnifiques de courage. »  Vigousse

« Daniel de Roulet saisit la rencontre entre un élan vital et un concept, tâche de capter une force vive qui s’appelle le besoin de Liberté, qui est plus qu’un goût, une soif, un espoir, une vie loin de la théorie et loin de la grande Histoire, écrite par les vainqueurs. L’écrivain y parvient par la grâce de son talent et par un travail de documentation tangible ». En attendant Nadeau

« Cette fiction est vive, marrante, documentée. Enfin des horlogères qui ont su remettre les pendules à l’heure. » Le Canard Enchaîné

Daniel de Roulet remet au goût du jour l’utopie dans ce qu’elle peut avoir de plus noble, car il n’est « pas besoin de réussir pour garder espoir ». Le Matricule des Anges

« Une aventure très politique » L’Humanité

 

 

Le making-of des Dix petites anarchistes

Quand j’ai commencé à écrire ce livre, je ne pensais pas en faire un roman, mais une chronique documentaire. Je me préparais à faire un voyage de huit mois de la Terre de Feu à l’Alaska sur les traces de l’émigration helvétique du 19e siècle. Dès 2013, avant de partir et pendant plusieurs mois, j’ai consulté des livres et des documents d’archives sur le sujet. C’est ainsi que je suis tombé sur des lettres d’émigrés recueillies par les familles restées au pays. En général ces archives sont cantonales et il existe déjà des travaux d’historiens qui en font la synthèse, par exemple pour le Tessin, le Valais, Fribourg ou Berne.

Comme j’ai passé mon enfance à Saint-Imier où mon père était pasteur, j’ai consulté les collections de Mémoire d’ici qui m’ont fourni une abondance de documents qui ont failli me noyer.

Dans les journaux suisses de l’époque, j’ai trouvé les annonces publicitaires pour encourager à l’émigration, les avis des compagnies de navigation.

Dans les archives diplomatiques, j’ai lu les comptes rendus des consuls helvétiques confrontés à la misère de leurs compatriotes.

À force de lire tant de récits personnels, je me suis rendu compte que l’idée d’une Suisse déjà prospère au 19e siècle ne correspondait pas à la réalité. Des centaines de milliers d’émigrés, parfois chassés par leurs propres concitoyens, n’ont pas eu la vie qu’on leur promettait. Or ces terribles échecs migratoires sont rarement documentés par ceux qui les ont vécus. Arrivés aux Amériques (ou en Australie ou en Algérie), ils envoient une première lettre à leurs proches, où perce à peine leur déception, puis une seconde pour demander de l’aide financière et, à la fin, la famille reçoit un avis de décès.

Il n’y a que les success-stories, les réussites, qui soient documentées : quelques parvenus de la ruée vers l’or, un ou deux ingénieurs persévérants et certains militaires dont on révère une histoire arrangée dans les familles aristocratiques. Ceux qui ont échoué, morts de maladie, morts de faim, assassinés, sont à peine mentionnés. Je voulais leur rendre hommage sans trop m’aventurer dans le romanesque. J’ai donc tissé ma toile narrative en utilisant plusieurs fils de biographies que j’ai pu reconstituer. La fiction n’est là que pour permettre de mieux suivre la trajectoire de ces dix vaincues merveilleuses.

Comme je ne suis ni historien ni archiviste, je suis passé souvent trop vite sur les documents que je lisais, recopiant des extraits sans en retenir la source.

Je suis parti en voyage avec l’idée de visiter des lieux précis à propos desquels j’avais déjà une documentation. Villa Lugano en Argentine, Punta Arenas et le pays des Mapuches au Chili et ainsi de suite dans chaque pays d’Amérique du Sud et du Nord que je traversais. Ainsi j’ai lu quelque part que huit femmes sont parties de Saint-Imier pour la Patagonie avec leurs enfants, mais sans hommes. Je n’ai pas noté mes sources, j’ai continué de feuilleter. À la fin, dans mon imagination, tout a trouvé un ordre et je me suis servi de ce que j’ai trouvé sur place, dans des petits musées locaux perdus et mal entretenus au fin fond de la Patagonie.

La seule chose que je peux garantir à mes lecteurs, c’est que ce qui se trouve entre des guillemets dans mon texte provient de documents de l’époque, recopiés par mes soins.

Ceci est notamment le cas en ce qui concerne les événements de 1851 à Saint-Imier et l’affaire Basswitz. Ce qui est dit des industries horlogères, je l’ai trouvé dans les archives des grandes marques du Vallon. Concertant la traversée sur La Virginie qui emmène Henri de Rochefort et Louise Michel, elle fait partie des archives de la Commune qui sont en ligne. L’histoire de Punta Arenas est documentée sur place par un musée salésien et un musée de plein air où j’ai pu photographier la charrette de la Boulangerie universelle. La vie du sous-préfet von Rodt, un Bernois un peu fou sur l’île de Robinson Crusoé, est documentée par le pasteur Grin dans une série d’articles parus dans le Journal de Genève. Tout ce qui concerne l’anarchisme et en particulier le congrès de Saint Imier, la vie d’Errico Malatesta, les émeutes de Buenos Aires et l’assassinat de Falcon, chef de la police, est documenté dans plusieurs ouvrages sérieux en italien et en espagnol. Le CIRA (Centre International de Recherche sur l’Anarchisme) à Lausanne est une source particulièrement fiable sur ce sujet. J’ai rapporté ces informations de manière aussi exacte que le permet un texte qui compose par ailleurs avec l’imagination de l’auteur.

Nos livres d’histoire suisse ne parlent qu’en passant des deux millions de soldats qui, au cours des siècles, sont partis se battre au service de rois étrangers. Ils mentionnent trop peu les centaines de milliers de nos concitoyens surnuméraires transformés en migrants. Que le lecteur fasse donc confiance à mon imagination, elle s’appuie autant que possible sur des sources sûres. Il s’associera ainsi à l’hommage que je tenais à rendre à celles et ceux qui ont aidé mon pays à entrer dans la mondialité.

Voici les principaux ouvrages facilement disponibles :

  • Bakounine Michel, Trois conférences faites aux ouvriers du val de Saint-Imier, Canevas, 1990
  • Carron Alexandre et Christophe, Nos cousins d’Amérique, Monographic, 1986
  • Cordillot Michel, Utopistes et exilés du Nouveau Monde, Vendémiaire, 2013
  • Cunha Dilney, Das Paradies in den Sümpfen, Limmat Verlag, 2004
  • Enckell Marianne, La fédération jurassienne, Canevas, 1991
  • Giacopini Vittorio, Errico Malatesta, vita straordinaria, Eleuthera, 2012
  • Gilimon Eduardo, El anarquismo en Buenos-Aires, Terramar 2011
  • Grave Jean, Terre libre, Noir et Rouge, 2015
  • Gusinde Martin, L’esprit des hommes de la Terre de Feu, Éditions Xavier Barral, 2015
  • Lienhard Heinrich, Wenn Du absolut nach Amerika willst, Limmat Verlag, 2011
  • Petitfils Jean-Christian, Les communautés utopistes au XIXe siècle, Hachette, 1982
  • Truquin Norbert, Mémoires d’un prolétaire, Le mot et le reste, 2006

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  • mis à jour : 14 avril 2019